Petit Con

Il fut un temps où je ne parlais presque pas, lorsque j’avais autour de 13 ans. C’était il y a peu de temps tout de même. Toujours est-il que j’étais toujours renfermée sur moi-même et très souvent seule. Qui aurait pensé qu’une huître telle que moi pourrait être remarquée par les personne qui pouvaient lui faire le plus de mal au monde ?


Ceci n’est pas un auto-apitoiement, je raconte simplement cette partie de mon histoire qui, malgré son apparente futilité, a marqué ma personnalité pour toujours. Bien entendu, je m’expliquerai aussi sur les leçons que j’ai tirées de cette mésaventure.
Je disais donc que vers mes 13 ans, j’étais très solitaire. Je ne parlais à personne, personne ne me parlais et c’était très bien comme ça. Je faisais alors du cirque (j’en ai toujours été passionnée et pratique ce noble art encore aujourd’hui). Ma spécialité, en fait la seule discipline que je sois capable de maîtriser convenablement, est et a toujours été le monocycle. Ce véhicule me donnait du fil à retordre puisque je ne parvenais pas à exécuter une certaine figure (rouler avec un seul pied).
J’ai donc décédé d’utiliser le monocycle pour me rendre à l’école et de m’entraîner aux pauses disponibles. C’est là que mes problèmes ont commencé. De fantôme, je suis passée à « la fille qui vient à l’école en monocycle » et de cette dernière à « la fille bizarre qui est tout le temps seule, vous savez, celle qui se ramène en monocycle à l’école ».


Bref, je suis devenue connue. Et pas du bon côté de la célébrité. Voyant que mes armes sociales étaient peu affutées, de petits parasites se sont accrochés à mes basques. Chantant cette horripilante mélodie circassienne à chaque fois qu’ils me croisaient dans les couloirs, s’asseyant à mes côtés pour se moquer de moi dès qu’ils en avaient l’occasion, m’entourant de leur méchanceté, ces quelques gosses d’un an mes cadets n’étaient que celui de mes soucis. En effet, un mal bien plus insidieux m’avait dans le collimateur.
Ce garçon, apparemment intelligent et vif d’esprit, encore et toujours mon cadet d’un an, avait on ne sait pourquoi décidé en compagnie de son acolyte de me harceler d’une toute autre manière. Sa principale méthode d’attaque était de me jeter au visage quelque allusion sexuelle si j’avais le malheur de croiser son chemin. Pour une Sans-Amis comme moi, s’entendre ainsi chuchoter de telles choses était impensable. Tout cela était si étrange et incompréhensible pour moi que j’en vins même à douter de mes sentiments à l’encontre de cet individu. Sentiments qui ne dépassèrent jamais l’état de doutes bien entendu.


Il se trouve que le mardi de la semaine précédant les vacances d’hiver de l’an de grâce 2012, le gosse et son acolyte me harcelèrent plus que de coutume, ainsi que tous les autres imbéciles précédemment décrits.  Pensant trouver dans la bibliothèque de l’école un lieu sûr où me réfugier, je m’y précipitai. Et là, les deux compères firent irruption dans la pièce. Avec à peine un regard malfaisant dans ma direction, ils empruntèrent un crayon à la sympathique bibliothécaire chargée de ce temple de l’imaginaire que sont les étagères ployantes de livres. C’était un crayon bleu-violet.
Ils s’assirent vers le fond et je les vis écrire quelque chose sur ce papier. Pensant qu’il s’agissait d’un simple devoir, je retournai dans mes lectures, ouïssant à peine les mots « trou noir » et « tuyau ». Aucun intérêt.
Le soir (ou plutôt la fin d’après-midi) arriva enfin. J’allais pouvoir rentrer chez moi et bouquiner peinarde dans mon lit. Mais un évènement vint contrecarrer mes plans lorsque je voulus atteindre mon casier personnel. Devant étaient postés les imbéciles de la musique horripilante, fredonnant. La mélodie incarnant mes pires cauchemars (papa-da padapapa-padam papapa-padapapa-padam-papa-padam papa-padam), un sourire narquois aux lèvres. Une ou deux insultes fusèrent, glissant sur la toile huilée de l’habitude. J’ouvris mon casier et trouvai un papier plié en quatre. Interloquée, je l’ouvris. C’était un message. Il y était question de « coucher avec nous », « se lécher le tuyau et le trou noir » et d’ « « « amour » » ». C’était signé « Les Anonymous ». Le tout était tracé au crayon bleu-violet.
Profondément surprise, choquée, dégoutée et honteuse, je jetai un rapide regard circulaire à mon environnement immédiat. Mis à part le groupuscule chantant, deux silhouettes reconnaissables se planquèrent derrière un coin. Un petit con et son acolyte.
Intensément troublée, je jetai dans un mouvement de panique le mot dans un autre casier (qui ne comportait aucun cadenas) et m’enfuis, les larmes aux yeux.


Le lendemain, l’infâme message était de retour dans mon casier. Je le saisis discrètement et le dissimulait dans une poche de la sacoche qui me servait de cartable, me promettant de parler de cette histoire au médiateur.


Je ne le fis jamais. L’année scolaire se termina, puis l’année tout court, je brûlai le mot en me jurant de ne pas en vouloir à ces gens et d’oublier tout cela. La rancœur n’apporte rien, me disais-je. C’est avec cette sérénité que j’abordai l’école supérieure. 15 ans et un bac à avoir en trois ans (je ne me lancerai pas ici dans l’explication du système Suisse et plus précisément Vaudois en matière de scolarité, ce serait trop compliqué…)
Sereine donc, j’avais presque oublié ma vie d’avant, celle où je ne parlais pas. Je me fis des tas d’amis, et si je ne suis pas très loquace en général, avec eux, le moulin à parole a le vent dans les pales.


Oublié, pardonné, gentille fille.


Sauf que, dans la vraie vie, il ne suffit pas de pardonner aux meschants aux noirs desseings pour en faire de doux agneaux.
J’entamais ma deuxième année lorsque je l’aperçus sur le quai de la gare, attendant un matin le train qui devait nous mener tous deux en cours. Il avait donc réussi, ce salopard, à intégrer l’école des grands ! Sur le moment, la haine et la rage m’envahirent, il fallait que je le tue.
Je me réfrénais à grand peine, me convainquant que les gens changeaient en trois ans, que ce gosse avait mûri, qu’il était à présent un garçon mature et intelligent.


 Que nenni ! Voici ce qui se passa !


Un mardi soir, le 19 novembre 2014 pour être précise, voilà que je tombe nez à nez avec un sympathique membre de l’équipe d’improvisation dont je fais partie. Ce dernier était en compagnie de, devinez qui ? Bien évidemment ! Le petit con ! Lequel je salue avec une politesse et un sourire forcés. En guise de réponse, celui-ci me jette : « Tu te souviens du mot dans ton casier ? »
Avec un regard tordu.


Je lui rétorque : « Sais-tu que je n’ai jamais eu autant envie de tuer quelqu’un ? » Puis tourne les talons, poings serrés dans mes poches.
Rage, ressentiment, honte et tristesse m’assaillent à nouveau. Je passe l’heure et le jour suivant à frapper les murs en maudissant ma naïveté et l’incapacité de ce connard à gagner un tant soit peu de maturité. Je me fais mal à force de balancer mon pied contre les parois de béton.
Je hais ce gosse.
Hooo, oui, je le hais…
Je ne lui ai pas reparlé depuis, mais lorsque nos regards se croisent dans les couloirs de l’école, je m’efforce de lui communiquer toute ma haine, et lui, toujours aussi narquois, fait comme si de rien n’était. Je lui ai clairement montré que, dès que je le savais à proximité, j’avais une paire de ciseaux pointus à portée de main.
Puisse-t-il brûler en enfer.
J’espère ne plus jamais avoir à subir le spectacle désolant de son existence. Qu’il crève. Qu’il crève, j’en serai heureuse.
Je ne sais même pas son nom. Enfin, je n’en suis pas sûre… De toute façon, je ne le donnerai pas, je ne veux pas être l’instigatrice d’un mouvement de haine envers ce gamin, même s’il le mérite.
Je me le garde pour plus tard.
Au moindre faux pas, je lui saute à la gorge et je l’étrangle jusqu’à ce qu’il me demande pardon à genoux.

Et il verra à ce moment-là que je ne commets jamais deux fois la même erreur.

Déchéance de l'humanité Reconstruction Massacre Gamin

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Maman, je t'ai dit de ne pas venir sur ce blog, merci. <3